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16 et 17 octobre 2004

Texte

L’enfant bleu (éditions Actes Sud

L’enfant bleu - Henry Bauchau

Auteur(s) Henry Bauchau
Acteur(s) Mireille Perrier
Date Les 16 et 17 octobre 2004
Lieu Dans le cadre de « Lire en fête » (France) et « La Fureur de lire » (Belgique)
Lectures à Bruxelles, Tournai et Mons (Belgique)

Le texte

A Paris, dans un hôpital de jour, Véronique, une analyste, prend en charge Orion, un jeune adolescent gravement perturbé. Malgré ses difficultés, elle discerne qu’il est doué d’une imagination puissante et entreprend de l’orienter vers le dessin et la sculpture. Les chemins de l’art et ceux de la vie quotidienne sont semés d’incertitudes et d’échecs, mais dans ses « dictées d’angoisse », Orion parvient à s’ouvrir à la parole et à mettre en mots ce qui le hante : la peur d’un démon de Paris, qui le rayonnise et le bazardifie.

Au fil des années et suivant des voies inusitées, l’oeuvre –l’œuvre intérieure et l’œuvre d’art – apparaît et s’affirme. Le délire, la confusion, les surprenants effets de l’art en actes, la patience des déliants qui partagent les efforts du « peuple du désastre » (les handicapés), le mystère indicible de la souffrance que combat l’opiniâtre espérance, tels sont les thèmes de ce livre où Henry Bauchau a versé beaucoup de son expérience de la psychose et le l’analyse pour atteindre, au-delà du vécu, à la vie du roman.

L'auteur

Né en 1913 en Belgique, Henry Bauchau est poète, dramaturge, romancier et psychanalyste.

Mêlant la mythologie à l'Histoire, l'imaginaire au réel le plus intime, son oeuvre peut se lire comme une ample épopée initiatique dont la force narrrative se nourrit d'une attention extrême à la psychologie des profondeurs et au travail de l'inconscient.

Il est l'auteur notamment de Gengis Khan (théâtre) ; La Déchirure, Oedipe sur la route, Antigone - prix Rossel - (romans) ; La Pierre sans chagrin (poèmes) ; L'Ecriture à l'écoute (essai) ; Le Journal d'Antigone, Passage de la Bonne-Graine (journaux).

Ses ouvrages, pour la plupart disponibles chez Actes Sud, sont traduits dans le monde entier.

Membre de l'Académie royale de littérature de la Communauté française de Belgique depuis 1990, il a reçu le prix international Union Latine de Littératures Romanes en 2002.

Voir aussi : Bon à tirer / Evéne / Ecrivains belges / Service du Livre / Lire.fr 

L'acteur

Née en 1959 à Blois, l'actrice Mireille Perrier a toujours partagé son temps entre le cinéma et le théâtre.

Elle a suivi les cours d’Antoine Vitez, Daniel Mesguich, Aurélien Recoing. Elle a tourné avec Leos Carax, Philippe Garrel, Alain Bergala, Aline Issermann, Claire Denis, Jaco Van Dormael, Amos Gitaï, Jean-Philippe Toussaint, Éric Rochant, Claude Lelouch, Laetitia Masson... Elle a également tourné de nombreux films pour la télévision. Au théâtre, elle a joué sous la direction de Claude Stratz, Lluís Pasqual, Laurent Pelly, Joël Jouanneau, Gabriel Garran, et tout dernièrement Régine Chopinot (spectacle de danse avec récitante).

Au cinéma, elle a tourné entre autres avec
- Léos Carax (Boy meets girl et Mauvais sang)
- Philippe Garrel (Elle a passé tant d’heures... et J’entends plus la guitare)
- Aline Issermann (Rupture et L’ombre du doute)
- Eric Rochant (Un monde sans pitié)
- Jacques Deray, Amos Gitaï, Claire Denis, Alain Bergala…

Ses derniers films :
-    Le comptoir de Sophie Tatischeff
-    A vendre de Laetita Masson
-    La Patinoire de Jean-Philippe Toussaint
-    Fin de siècle de Claude Champion
-    Un dérangement considérable de Bernard Stora
-    Les diseurs de vérité de Karim Traïda.

Elle a aussi participé à plusieurs courts-métrages et téléfilms.

Au théâtre, elle a joué dans  :
-    La Princesse Blanche de Rilke (mise en scène Y. Kokkos)
-    Les Parisiens de Rambert (mise en scène de P. Rambert)
-    L’otage de Claudel (mise en scène C. Stratz)
-    Les Estivants de Gorki (mise en scène L. Pasqual)
-    Peines d’amour perdues de Shakespeare (m. en sc. L. Pelly)
-    L’heureux stratagème (mise en scène L. Pelly)
-    Flip (mise en scène R. Mirmont)
-    Diotime et les lions de H. Bauchau (m. en scène V. Cordy).
-    Les Burgraves (mise en scène M. Perrier)

Avec TEXTES & VOIX, elle a lu des oeuvres de Henry Bauchau, Michèle Lesbre, Jean-Luc Outers, Jean Genet... 

Voir aussi : Théâtre Online / Allociné / Actrices de France / Unifrance / Humanité Presse / Wikipedia

Nos liens

L'enfant bleu : Critiques Libres / Evène / Encres vagabondes / Calou, l'ivre de lecture / Actes Sud 

18 octobre 2004

Texte

La maladie de la chair (éditions Ombres)

La maladie de la chair - Bernard Noël

Auteur(s) Bernard Noël
Acteur(s) Serge Maggiani
Date Le 18 octobre 2004
Lieu En collaboration avec l'Oeil 
A l’ Espace Malraux à Chambéry

Le texte

Le narrateur remonte peu à peu au coeur de son enfance et raconte ce qu'il n'a jamais avoué à personne, mais qui l'a hanté toute sa vie: l'effroyable maladie de son père, qui l'a rendu infirme, les odeurs de souillure et de gangrène qui planaient dans la maison mais, surtout, la répugnance honteuse que lui inspirait son père. L'enfant devenu homme fait ainsi éclater une vérité que sa mère a toujours refusé de voir et d'entendre et qui a atteint le jeune homme au plus profond de son âme...

"Vous m'avez dit une fois : j'aurais voulu tenir votre main quand vous étiez enfant pour vous conduire le long des couloirs vers le sommeil. Vous pensiez aux terreurs illusoires que provoquent les craquements d'une vieille maison, les soupirs exhalés par les choses nocturnes : vous touchiez mon territoire sans soupçonner que, sous lui, j'étais dans la crispation, dans l'horreur et la honte. Vous ne pouviez imaginer la cave..."

L'auteur

Bernard Noël est né le 19 novembre 1930, à Sainte-Geneviève-sur-Argence, dans l’Aveyron.

Les événements qui l’ont marqué sont ceux qui ont marqué sa génération : explosion de la première bombe atomique, découverte des camps d’extermination, guerre du Viêt-nam, découverte des crimes de Staline, guerre de Corée, guerre d’Algérie... Ces événements portaient à croire qu’il n’y aurait plus d’avenir. D’où un long silence, comme authentifié par un seul livre, Extraits du corps, 1958. Pourquoi je n’écris pas ? est la question sans réponse précise qui équilibre cette autre : Pourquoi j’écris ? devenue son contraire depuis 1969. Cet équilibre exige que la vie, à son tour, demeure silencieuse sous l’écriture, autrement dit que la biographie s’arrête aux actes publics que sont les publications.

De Extraits du corps à La Langue d’Anna, du Château de Cène à La Chute des temps, du Dictionnaire de la Commune à La Castration mentale, de Magritte à Matisse, de Onze romans d’œil à L’Espace du poème (plus d’une quarantaine d’ouvrages), l’œuvre de Bernard Noël est immense : par son exigence, son engagement, son influence.

En 40 ans, l'écrivain Bernard Noël a publié une cinquantaine d'ouvrages, parmi lesquels de nombreux recueils de Poésie (Extraits du corps, Fable pour ne pas), des recueils d'aphorismes (Le journal du regard), plusieurs romans (Le château de Cène, Onze roman d'œil…), plusieurs essais (Portrait du Monde) et monographies ainsi qu'un Dictionnaire de la commune.

Voir aussi : Pastis.org / Evène / Wikipedia / Théâtre contemporain / P.O.L / Remue.net

L'acteur

Au théâtre, Serge Maggiani  a travaillé notamment avec Claude Régy Le vaisseau fantôme, Vermeil comme le sang, Les nègres, Catherine Dasté Aux limites de la mer, Le foulon, Journal d’un homme de trop, Hamlet..., Daniel Berlioux Fioretti Saint-François, Ovide les amours, avec Catherine Dasté et Daniel Berlioux Visage de sable, Saint-Simon le voyeux, Yannis Kokkos La princesse blanche, Antoine Vitez Le soulier de satin, Daniel Mesguich Titus Andronicus, Richard Demarcy Daisy, Ode maritime, Jacques Kraemer, Alain Timar, Anne-Marie Lazzarini, Christian Schiaretti Le laboureur de Bohème, Médée, Ajax et Philoctète, Adel Hakim Le parc, Claudia Stavisky Nora, Vincent Colin King-Kong palace, René Loyon L’École des femmes, Jerzy Klesik Possibilités de Howard Parker.

Sous la direction de Charles Tordjman, il a joué dans Le Misanthrope de Molière, Le Syndrome de Gramsci de Bernard Noël et Vie de Myriam C. de François Bon, Je poussais donc le temps avec l’épaule d’après Marcel Proust et Oncle Vania de Tchékhov.

Il vient de recréer Le Laboureur de Bohème de Johannes von Saaz sous la direction de Christian Schiaretti.

Voir aussi : Théâtre contemporain / Bibliobs / Théâtre Online / Spectacles.fr

19 octobre 2004

Texte

Les derniers jours de la classe ouvrière (éditions Stock)

Festival Résonances au Magic Cinema

Auteur(s) Aurélie Filippetti
Acteur(s) Judith Henry
Date Le 19 octobre 2004
Lieu Cycle « Du livre au film »
Festival Résonances (ou 4èmes Rencontres du cinéma citoyen)
Magic Cinéma de Bobigny

La manifestation

Le Festival Résonances (ou 4èmes Rencontres du cinéma citoyen) est un festival de l'engagement et de la citoyenneté. 

Les cinéastes, témoins mais aussi véritables créateurs, s'interrogent et dénoncent. En Europe et ailleurs, ils donnent la parole à ceux qui subissent l'humiliation et la haine et, à travers des fictions, retracent des bribes de vie durant lesquelles des hommes et des femmes durent faire face à l'inommable, l'injustice et l'arbitraire.

Le texte

Aurélie Filippetti nous raconte l'agonie d'une industrie jadis fer de lance de l'économie française. Avec fierté et respect, elle, la fille de mineur, évoque son enfance à Longwy... En hommage à une population disparue, écrasée par les patrons et les restructurations industrielles. Elle ressuscite ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas, jusqu'à la fin vouloir un monde meilleur, le Parti, le syndicat, l'idéal communiste, "là-bas'' revenait envahir leur histoire". Elle dit aussi les doutes, les désillusions, "mille vies bafouées, réduites à néant".

"Deux enfants dansaient et sautaient dans la cour déserte de l’école primaire. Deux petites filles surprises et ravies par la joie de la cité. Personne ne les avait vues sortir. Elles ne comprenaient pas pourquoi c’était si surprenant que la gauche ait gagné. Elles vivaient au milieu de militants communistes, parfois socialistes. La droite, ça devait bien exister, puisqu’on en parlait, mais c’étaient les patrons, c’était loin. Il y avait donc de vraies gens qui ne votaient pas communiste ? Elles ne se posèrent pas longtemps la question. Qu’importe la raison, c’était un soir de fête. Elles se sentaient un peu ridicules, mais il fallait marquer le coup. Elles grimpèrent sur le mur de l’école, levèrent leurs visages vers la voûte constellée d’étoiles et crièrent du plus fort de leur souffle de huit ans : « On a gagné ! On a gagnééé ! »"

La lecture est suivie de la projection du film Le bonheur (Alexandre Medvedkine, URSS, 1934, muet), accompagné en direct par un musicien.

L'auteur

Née en 1973 et fille de mineurs lorrains, Aurélie Filippetti est normalienne.

Devenue professeur de lettres classiques, elle mène aujourd'hui en parallèle une carrière de militante écologiste. Elle est élue municipale dans le Ve arrondissement de Paris.

Son premier roman, Les derniers jours de la classe ouvrière a été largement salué par la critique.

Voir aussi : Humanité Presse  (2) / Evène 

L'acteur

Judith Henry : Le petit bulletin / Actrices de France / Allociné  

Nos liens

Les derniers jours... : Gauches.net / La Bottega / Evène / e-litterature.net / Lire 

27 et 28 octobre 2004

Texte

L’île mystérieuse et Les enfants du capitaine Grant

Mexique

Auteur(s) Jules Verne
Acteur(s) Nicolas Pignon
Date Les 27 et 28 octobre 2004
Lieu Centre culturel et Lycée français de Mexico

La manifestation

Lecture publique de textes de Jules Verne par l'acteur Nicolas Pignon.

L'auteur

Jules Verne naît à Nantes, dans la Loire-Atlantique (France), le 8 février 1828, premier fils de Pierre Verne et Sophie Allotte de la Fuÿe.

Après avoir obtenu ses baccalauréats en Lettres et en Droit, Jules Verne poursuit ses études de droit à Paris. Il se consacre alors au théâtre, grâce aux Dumas, père et fils, et occupe le poste de secrétaire du Théâtre Lyrique jusqu'en 1854 où il fait représenter des pièces écrites en collaboration avec Michel Carré. Pour faire face à de nouvelles responsabilités familiales, il devient agent de change.

Jules Verne rencontre alors Pierre-Jules Hetzel, un éditeur, et lui propose un manuscrit 'Voyage en l'air' qui deviendra ensuite 'Cinq semaines en ballon'. Le livre connaît un succès triomphal, en France et dans le monde : la vraie carrière de Jules Verne commence. Il signe un contrat de 20 ans avec Hetzel et son avenir est assuré. Au cours des quarante années subséquentes, il écrira plus de soixante-dix romans, dont les plus célèbres, outre Cinq semaines en ballon, sont Le tour du monde en quatre-vingts jours, Vingt mille lieues sous les mers, l'Île mystérieuse, Michel Strogoff, Les enfants du Capitaine Grant, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune, etc.

Ses romans sont regroupés, à partir de 1866, dans une collection illustrée qui porte le titre général de 'Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus'. 'Le Tour du monde en quatre-vingts jours' est publié en feuilletons en 1872 et devient le plus grand succès de l'auteur.

Les oeuvres de Jules Verne sont traduites dans toutes les langues, une véritable consécration.

Il meurt d'une crise de diabète dans sa maison d'Amiens, le 24 mars 1905, laissant plusieurs romans non publiés. Certains seront modifiés par son fils Michel, sous les pressions de l'éditeur Jules Hetzel, le fils de Pierre-Jules Hetzel : il ajoute des chapitres, en retranche, met en scène de nouveaux personnages, change les dialogues et les conclusions.

Voir aussi : Philippe Bedard / Imaginaire.ca / Portail francophone sur Jules Verne / Jules-verne.net / Analyses littéraires / Année Jules Verne à Nantes / Site personnel sur Jules Verne / Wikipedia / Portail JV / Centre international Jules Verne

L'acteur

Nicolas Pignon est acteur au théâtre et au cinéma. 

Au théâtre, il a travaillé avec Jacques Lassalle, Jean-Pierre Vincent, Marcel Maréchal, Patrice Kerbrat, Klaus Michaël Grüber, Bernard Sobel, Lluis Pasqual, interprétant Shakespeare, Molière, Marivaux, Büchner ou Tchekhov... 

Au cinéma, il a tourné avec Benoît Jacquot, Laurence Ferreira Barbosa, Olivier Assayas, Jean-Paul Rappeneau, Lucas Belvaux... 

Il a également interprété de nombreux rôles à la télévision. 

Grand lecteur, il participe activement à TEXTES & VOIX, où il a lu des textes de Clément Rosset, Jean Hatzfeld, Herberto Helder, Pierre Lartigue, Amos Oz, Alberto Manguel... et a réalisé également une tournée de lectures pour l’Institut français de Moscou et dans plusieurs alliances françaises de Russie. 

Voir aussi : Allociné / Cinémovies / Unifrance

5 novembre 2004

Texte

Rimbaud est un autre

Maison de la Poésie de Saint Quentin en Yvelines

Auteur(s) Al Berto, Philippe Claudel, Pierre Michon, Arthur Rimbaud
Acteur(s) Thibault de Montalembert
Date Le 5 novembre 2004
Lieu Maison de la Poésie de Saint Quentin en Yvelines

La manifestation

Nombreux sont les auteurs qui se sont engagés sur les traces de Rimbaud, qui se sont nourris de son univers. La figure du poète est une source d’inspiration féconde. Sous la plume d’autres écrivains, elle se prolonge, se transforme, se réinvente. A travers leurs mots, Rimbaud est un autre.

Pour trois grands auteurs d’aujourd’hui, il est à la fois le sujet, l’inspirateur, le modèle. Dans une langue âpre et riche, Pierre Michon retrace son itinéraire de fils et de compagnon. Dans une nouvelle fulgurante, Philippe Claudel lui invente un autre voyageur, mais est-ce vraiment un autre ? Enfin, le poète portugais Al Berto, disparu brutalement en pleine jeunesse, lui dédie son dernier poème. Trois textes de forme très différente, qui entrent en résonance avec quelques poèmes de Rimbaud.

Pour cette lecture, proposée par TEXTES & VOIX et conçue par Nadine Eghels, on retrouvera avec bonheur Thibault de Montalembert, après le succès du Hamlet de Jules Laforgue, présenté la saison dernière à la Maison de la Poésie et au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, et la lecture des poèmes de Robert Burns, en janvier, à la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines

Le 5 novembre, lecture de fragments de :

  • Rimbaud le fils, de Pierre Michon (éd. Gallimard)

  • L’autre, de Philippe Claudel (éd. Mercure de France)

  • La mort de Rimbaud, de Al Berto (éd. L’Escampette)

  • Et quelques poèmes d’ Arthur Rimbaud

Le texte

Rimbaud le fils, de Pierre Michon

« On dit que Vitalie Rimbaud, née Cuif, fille de la campagne et femme mauvaise, souffrante et mauvaise, donna le jour à Arthur Rimbaud. On ne sait pas si d’abord elle maudit et souffrit ensuite, ou si elle maudit d’avoir à souffrir et dans cette malédiction persista ; ou si anathème et souffrance liés comme les doigts de la main en son esprit se chevauchaient, s’échangeaient, se relançaient, de sorte qu’entre ses doigts noirs que leur contact irritait elle broyait sa vie, son fils, ses vivants et ses morts. »

« On dit qu’après Bruxelles, bien avant les champs de bananes Rimbaud revint au bercail ; que dans un grenier des Ardennes, à Roche, au beau milieu de terres et de bois où les paysans de la lignée maternelle avaient couché en vaines moissons leurs vies jusqu’à Vitalie Cuif, au temps de la moisson, cet effroyable jeune homme, cette brute, ce petit cœur de fille, écrivit Une saison en enfer ; que du moins, s’il la commença ailleurs, chez Baal, dans les métropoles où la civilisation était tombée sous la patte de Baal, la patte enfumée, futuriste, il la finit ici, dans ce trou rural hautement civilisé, dans la clarté antique des moissons. »

« On ne sait pas au juste ce qu’est la Saison ; on croit savoir seulement que c’est de la haute littérature, car ces deux voix, celle du roi d’adoration et celle du prophète hors de lui, qui sont toute la littérature, y combattent. C’est plus commenté que les Evangiles ; entre le chant céleste et le blasphème, on n’y voit pas vraiment clair ; c’est un renoncement qui ne renonce pas ; le oui et le non n’y sont pas démêlés ; et penchés là-dessus avec nos calottes de soie interminablement nous démêlons ce oui de ce non. On dit que tout l’Occident y vient buter ; que toutes ses contradictions y tournent comme dans une roue de moulin, s’y brisent  comme l’eau sur la roue, en ressortent intactes comme l’eau sur la roue. Comme l’eau dans la roue, on voit bien que ça exulte ; on ne peut décider si  cela met fin à l’Occident ou une fois de plus le relance ; mais à tort ou à raison on s’accorde à penser que c’est miracle d’écrire, à dix-neuf ans, dans un grenier des Ardennes, cette poignée de feuillets hermétiques comme Jean, abrupts comme Matthieu, métèques comme Marc, policés comme Luc ; et, comme Paul de Tarse, agressivement modernes, c’est-à-dire dressés contre le Livre, rivaux du Livre. Et bien sûr il y manque quelque chose : car ils n’ont, eux, ces feuillets, d’autre modèle évangélique que soi-même, fût-il un autre, pas l’autre véritablement, le pouilleux, le glorieux de Nazareth. C’est peut-être une vieillerie en regard de l’Evangile, la Saison. Qu’importe, c’est un de nos Evangiles, à présent. Il a gagné, le petit Jérémie, il a été plus fort que la littérature tout en restant dedans, il nous tient. »

*****

L’autre, de Philippe Claudel

« Ces quelques lignes et d’autres, lues dans un premier temps d’un regard léger, firent sur Frolon l’effet d’un cataclysme. Il eut soudainement l’impression, effroyable et chaleureuse à la fois, que la terre se dérobait sous ses pieds et que sa chute provoquée par quelques mots l’amenait vers les aspects les plus profonds et les plus secrets de son cœur, comme si ce poète qu’il ne connaissait pas en savait davantage sur son âme que sa propre épouse, qu’il chérissait, ou que lui-même. »

« Il put ainsi lire, dans un silence mystique, des phrases insoupçonnables qui lui parlaient de lui et des effrois du monde, et le faisaient un peu plus, à la lecture de chaque poème de cet étrange Rimbaud, approcher un frère absent. »

« Frolon perdit le sens du temps, des heures, des jours. Parfois, il lui semblait être parti de Tunis quelques semaines plus tôt, d’autres fois cela lui paraissait remonter à plusieurs années.

Frolon perdit le sens de lui-même et du monde, de la faim, de la soif, de la fatigue, des hommes, de Dieu, du silence et du mal, de son passé et de sa propre existence : il gagna des allures de prophète, un regard fixe comme le sont ceux des aveugles.

Dans ses sommeils songeurs, chaque nuit, l’ancien marchand errait dans un pays où des lettres majuscules formaient des falaises abruptes, et des mots taillés dans un schiste vert des remparts sur lesquels il glissait ses mains dans un voluptueux mouvement de caresse.

Il marcha de plus en plus dans son rêve. Oublia la géographie. Oublia jusqu’à son nom de l’ancienne vie. Se déclara Reïmbo, résolument. »

*****

Mort de Rimbaud, de Al Berto

« Il est vrai que j’ai passé ma vie à fuir, de ville en ville, avec un murmure tranchant sur les lèvres.
et j’ai traversé des villes et des rues sans nom, des routes, des ponts qui relient des ténèbres à d’autres ténèbres.
je marche comme j’ai toujours marché , en moi – déchirant des paysages, fendant les mers, dévorant des images. »

« Jamais le retour n’a été possible.
le véritable fugitif ne revient pas, il ne sait pas revenir. il réduit les continents à des distances mentales.
il apprend la langue des autres – et, au-dessus de lui, les constellations tracent le destin tourmenté des hommes. »

L'auteur

Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Son enfance est marquée par la présence autoritaire de sa mère, qui dut élever seule ses quatre enfants. Cette autorité n'exclua pas d'ailleurs une réelle affection.

Rimbaud se montre à l'école un élève sage et brillant. Il compose tôt ses premiers poèmes, inspirés au début par l'école parnassienne. En classe de rhétorique il rencontre un jeune professeur, Izambard, qui l'aide à mieux découvrir à littérature française. Les poèmes composés pendant cette période d'adolescence s'affranchissent progressivement des conventions littéraires.

En 1870 éclate la guerre entre la France et la Prusse. C'est l'époque des premières fugues vers Paris et la Belgique car Rimbaud étouffe dans l'univers dérisoire et mesquin de sa ville natale.
En 1871, Rimbaud compose la Lettre du Voyant , et son poème Le Bateau ivre . Ces textes sont essentiels pour comprendre la dimension radicalement nouvelle que Rimbaud veut donner à sa poésie. Séduit par Paris, fasciné par Verlaine qui l'y invite, Rimbaud coupe avec Charleville et se lance dans l'univers de la bohème littéraire de son époque.

Madame Verlaine prend l'ombrage de l'amitié de son mari et de Rimbaud. Au début, Rimbaud accepte de s'éloigner, puis Verlaine finit par le suivre en Belgique. En septembre 1872, ils partent tous deux en Angleterre. Cette période correspond à un moment intense de création lttéraire, Rimbaud écrivant alors ses poèms des Illuminations quoique les dates exactes de composition n'aient pu être précisées. La relation de Verlaine et de Rimbaud est très souvent orageuse. La rupture se fait en 1873 quand, à l'occasion d'une dispute, Verlaine tire sur Rimbaud et le blesse légèrement. Rentré chez lui, Rimbaud compose sa dernière oeuvre, Une Saison en enfer, sorte de confession autobiographique qu'il publie à compte d'auteur.

La deuxième partie de la vie de Rimbaud commence. Les voyages le mènent successivement en Italie, en Hollande, en Afrique, en Suède, au Danemark, à Chypre. Mais Rimbaud revient assez régulièrement passer la saison d'hiver à Charleville.

La dernière partie de la vie de Rimbaud se passe en Abyssinie. Il renie complètement son passé ainsi que toute forme de littérature. Il s'y livre à des activités d'exploration et de commerce. En 1891, il est obligé de rentrer à Marseille parce que son genou droit est atteint du cancer. Il est amputé. Il fait un dernier séjour dans les Ardennes, retourne à Marseilles et y meurt le 10 novembre 1891.

Arthur Rimbaud est un poète de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Son oeuvre poétique se compose :

- d'un recueil d'extrême jeunesse (Poésies)
- d'une oeuvre en prose (Une Saison en enfer)
- d'un recueil de poèmes en prose, révolutionnaires dans leur écriture (Les Illuminations)

Voir aussi : Théâtre Online / Mag4 / Rimbaud sur Dmoz/ODP / Wikipedia / Poésie Webnet / Evène / Arthurrimbaud.info

L'acteur

Après une formation au cours Florent avec Francis Huster, puis à l’Ecole de comédiens du Théâtre des Amandiers de Nanterre avec Patrice Chéreau, Jacques Doillon, Pierre Romans, Claude Stratz et Madeleine Marion, Thibault de Montalembert développe sa carrière au théâtre et au cinéma.

Au cinéma, il a tourné sous la direction de Costa Gavras, Arnaud Desplechin, Régis Wargnier, Jacques Doillon, Patrice Chéreau, Marion Vernoux, Jean-Marc Barr, Denys Arcand… Il a également participé à de nombreux films pour la télévision.

Au théâtre, il a travaillé avec Christian Rist, Jeanne Champagne, Pierre Romans, Patrice Chéreau, Luc Bondy, Thierry de Peretti (Valparaiso, de Don de Lillo), Alfredo Arias (La Dame aux camélias, d’Alexandre Dumas)…

Pensionnaire de la Comédie-Française, il a travaillé sous la direction de Jean-Luc Boutté, Marcel Bluwal, Jean-Paul Roussillon, Simon Eine. Il a interprété récemment le Hamlet de Jules Laforgue, au Festival d’Avignon de 2001 puis, en 2003, à la Maison de la Poésie (Théâtre Molière). 

Au cours de la saison 2005-2006, il était au centre de Coloured Plates, d’après Les Illuminations d’Arthur Rimbaud, dans une mise en scène de Thierry de Peretti, en tournée en France et au Théâtre de la Ville à Paris. En 2006, il a joué dans Trahisons de Pinter (mise en scène de Philippe Lanton) à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, et a mis en scène la Lettre au père de Kafka au Théâtre de la Bastille.

Voir aussi : Entracte / Allociné / DVDToile / Théâtre Online / Wikipedia / Evène / Cinémovies

Nos liens

Défiactions culturelles - commentaire sur ce spectacle 

8 novembre 2004

Texte

L’enfant bleu (éditions Actes Sud)

Henry Bauchau - Centre Wallonie-Bruxelles

Auteur(s) Henry Bauchau
Acteur(s) Mireille Perrier
Date Le 8 novembre 2004
Lieu Centre Wallonie-Bruxelles

Le texte

A Paris, dans un hôpital de jour, Véronique, une analyste, prend en charge Orion, un jeune adolescent gravement perturbé. Malgré ses difficultés, elle discerne qu’il est doué d’une imagination puissante et entreprend de l’orienter vers le dessin et la sculpture. Les chemins de l’art et ceux de la vie quotidienne sont semés d’incertitudes et d’échecs, mais dans ses « dictées d’angoisse », Orion parvient à s’ouvrir à la parole et à mettre en mots ce qui le hante : la peur d’un démon de Paris, qui le rayonnise et le bazardifie

Au fil des années et suivant des voies inusitées, l’oeuvre – l’œuvre intérieure et l’œuvre d’art – apparaît et s’affirme. Le délire, la confusion, les surprenants effets de l’art en actes, la patience des déliants qui partagent les efforts du « peuple du désastre » (les handicapés), le mystère indicible de la souffrance que combat l’opiniâtre espérance, tels sont les thèmes de ce livre où Henry Bauchau a versé beaucoup de son expérience de la psychose et le l’analyse pour atteindre, au-delà du vécu, à la vie du roman.

L'auteur

Né en 1913 en Belgique, Henry Bauchau est poète, dramaturge, romancier et psychanalyste.

Mêlant la mythologie à l'Histoire, l'imaginaire au réel le plus intime, son oeuvre peut se lire comme une ample épopée initiatique dont la force narrrative se nourrit d'une attention extrême à la psychologie des profondeurs et au travail de l'inconscient.

Il est l'auteur notamment de Gengis Khan (théâtre) ; La Déchirure, Oedipe sur la route, Antigone - prix Rossel - (romans) ; La Pierre sans chagrin (poèmes) ; L'Ecriture à l'écoute (essai) ; Le Journal d'Antigone, Passage de la Bonne-Graine (journaux).

Ses ouvrages, pour la plupart disponibles chez Actes Sud, sont traduits dans le monde entier.

Membre de l'Académie royale de littérature de la Communauté française de Belgique depuis 1990, il a reçu le prix international Union Latine de Littératures Romanes en 2002.

Voir aussi : Bon à tirer / Evéne / Ecrivains belges / Service du Livre / Lire.fr 

L'acteur

Née en 1959 à Blois, l'actrice Mireille Perrier a toujours partagé son temps entre le cinéma et le théâtre.

Elle a suivi les cours d’Antoine Vitez, Daniel Mesguich, Aurélien Recoing. Elle a tourné avec Leos Carax, Philippe Garrel, Alain Bergala, Aline Issermann, Claire Denis, Jaco Van Dormael, Amos Gitaï, Jean-Philippe Toussaint, Éric Rochant, Claude Lelouch, Laetitia Masson... Elle a également tourné de nombreux films pour la télévision. Au théâtre, elle a joué sous la direction de Claude Stratz, Lluís Pasqual, Laurent Pelly, Joël Jouanneau, Gabriel Garran, et tout dernièrement Régine Chopinot (spectacle de danse avec récitante).

Au cinéma, elle a tourné entre autres avec
- Léos Carax (Boy meets girl et Mauvais sang)
- Philippe Garrel (Elle a passé tant d’heures... et J’entends plus la guitare)
- Aline Issermann (Rupture et L’ombre du doute)
- Eric Rochant (Un monde sans pitié)
- Jacques Deray, Amos Gitaï, Claire Denis, Alain Bergala…

Ses derniers films :
-    Le comptoir de Sophie Tatischeff
-    A vendre de Laetita Masson
-    La Patinoire de Jean-Philippe Toussaint
-    Fin de siècle de Claude Champion
-    Un dérangement considérable de Bernard Stora
-    Les diseurs de vérité de Karim Traïda.

Elle a aussi participé à plusieurs courts-métrages et téléfilms.

Au théâtre, elle a joué dans  :
-    La Princesse Blanche de Rilke (mise en scène Y. Kokkos)
-    Les Parisiens de Rambert (mise en scène de P. Rambert)
-    L’otage de Claudel (mise en scène C. Stratz)
-    Les Estivants de Gorki (mise en scène L. Pasqual)
-    Peines d’amour perdues de Shakespeare (m. en sc. L. Pelly)
-    L’heureux stratagème (mise en scène L. Pelly)
-    Flip (mise en scène R. Mirmont)
-    Diotime et les lions de H. Bauchau (m. en scène V. Cordy).
-    Les Burgraves (mise en scène M. Perrier)

Avec TEXTES & VOIX, elle a lu des oeuvres de Henry Bauchau, Michèle Lesbre, Jean-Luc Outers, Jean Genet... 

Voir aussi : Théâtre Online / Allociné / Actrices de France / Unifrance / Humanité Presse / Wikipedia

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Révisé le 22-11-2009